Bloqués !

Bubbo, Silas, Rhys et Drakthar se retrouvent de l’autre côté du mur. Aucun bruit ne trouble le silence, si ce n’est un rythme sourd qui semble émaner d’eux-mêmes. Ils réalisent bientôt qu’il s’agit des battements de leurs cœurs.

Ils avancent dans un couloir étroit et débouchent sur une pièce empestant la mort et l’encens.

Sur leur gauche, une arche ouverte mène à une petite pièce annexe. En face, un couloir est flanqué de deux statues représentant d’horribles abominations : des corps boursouflés de vers, trois bras difformes, et une tête humaine chauve hurlante, aux crocs acérés, coiffée d’une couronne de pointes noires.

Au-delà des statues, le couloir est bordé de dizaines de lames courbes frémissantes. Il se termine par une double porte surmontée d’un cylindre de cristal translucide d’environ vingt centimètres.

Ils se dirigent d’abord vers la pièce annexe. Derrière l’arche, ils découvrent une petite chapelle dont le sol est encroûté de sang séché. Les murs sont garnis de crochets, de fouets à pointes et d’instruments de torture ou d’auto-flagellation.

Dans un coin, gît le corps desséché d’un humain vêtu de robes d’acolyte.

Avant même qu’ils n’aient le temps de réagir, trois crânes enflammés surgissent des ombres et attaquent.

Les réflexes de Drakthar lui permettent d’en repousser un et de le fracasser contre le mur. Mais au même instant, une explosion de flammes jaillit des mâchoires d’un second, embrasant la pièce. Silas, pris dans la fournaise, s’effondre une première fois.

Rhys se précipite et invoque la puissance d’Oretan pour refermer ses brûlures. Bubbo enchaîne, soutenant Drakthar par sa magie.

Mais le dernier crâne lance à son tour une boule de feu. Silas s’écroule de nouveau, et cette fois, Bubbo intervient pour le sauver.

Malgré les difficultés, les aventuriers finissent par détruire les crânes.


Pendant ce temps, de l’autre côté du mur, Nooky examine le vase en forme de crâne. Il y dépose une petite gemme.

Le rubis perd rapidement son éclat. Les yeux du crâne se mettent à luire, ses contours se ternissent et s’effritent. La gemme disparaît.

Un grondement retentit, et la paroi derrière le vase s’enfonce dans le sol, révélant un passage.

Le couloir mène à une vaste salle soutenue par deux rangées de piliers noirs veinés de blanc. Le sol est poli comme un miroir. Quatre braseros de laiton reposent au pied des colonnes.

À peine Nooky avance-t-il que les braseros s’embrasent. Des flammes pâles s’élèvent et prennent la forme de silhouettes humanoïdes dansantes.

Une immense mosaïque de vitraux illumine le mur nord, représentant un maelström de couleurs et de symboles.

Peu désireux de tenter sa chance, le gobelin rebrousse chemin, retrouvant Brogg et Persiflette occupés à déblayer un passage.

C’est alors qu’une silhouette apparaît derrière lui : un homme presque nu, doté d’ailes démoniaques. Il s’avance lentement, tentant de séduire les aventuriers par ses paroles.

Sans effet.

Furieux, il bondit sur Brogg, ses griffes cherchant à déchirer sa chair. Le demi-orc répond par un coup de marteau brutal qui brise le torse de la créature. Celle-ci s’effondre et disparaît en poussière.

Brogg se tourne vers Nooky.

— T’aurais pu nous prévenir. T’as encore fait un truc dans ton coin.

Il attrape le gobelin sans ménagement.

— Si tu veux faire n’importe quoi, je vais te faire passer à travers ce fichu mur.

Nooky se débat, tente de mordre, mais Brogg le plaque contre la paroi.

Un instant de tension… puis la matière cède. Le gobelin traverse le mur. Surpris, Brogg lâche prise et recule.


Nooky rejoint les autres au moment où le combat contre les crânes s’achève.

Comme à son habitude, il brode une version très arrangée de ce qui vient de se passer, puis observe le couloir aux lames.

Il suggère à Bubbo de se transformer en mouche pour traverser. Le druide préfère prendre le temps d’une méditation pour connaître les risques des actions à venir, sans obtenir finlament de réponse absolue.

Face au refus du druide, Nooky perd patience et tire un carreau d’arbalète sur le cylindre de cristal. Le tube explose. Silence. Mauvaise idée…

Coincés, les aventuriers tentent différentes approches. Les lames blessent ceux qui s’en approchent. Peu à peu, ils comprennent :

Le passage nécessitait un sacrifice de sang. Le liquide devait remplir le cylindre pour désactiver le piège. Or, celui-ci est détruit. Les heures passent. Pire : les crânes enflammés finissent par se reformer et attaquer à nouveau, sans succès cette fois. Les aventuriers détruisent à nouveau les fragments animés.

Alors qu’ils cherchent toujours une issue, une voix résonne, celle d’Aloysia.

Elle se tient de l’autre côté du couloir.

— Donnez-moi l’amulette, et je laisse la porte ouverte.

Silas tente de convaincre Rhys. Mais le prêtre refuse. La porte se referme. Deux heures passent.

La porte s’ouvre de nouveau. Cette fois, c’est Galsariad, moins arrogant qu’à son habitude.

— Vous devriez lui donner. Je vous assure qu’on vous laissera sortir.

Rhys refuse encore.  Nooky agit. Il invoque un motif hypnotique qui englobe Galsariad… et Aloysia.

Par chance, pour Nooky en premier et pour ses compagnons, tous deux sont affectés.

Bubbo accélère Drakthar par magie. Le rôdeur traverse le couloir, blessé mais debout. Il atteint les deux elfes hébétés. Sans hésiter, il assomme Aloysia. La voie est libre.

Un à un, les aventuriers traversent le couloir, parfois aidés par la magie, parfois par leur agilité, parfois en encaissant les blessures.

Ils se retrouvent dans une petite pièce menant à un escalier descendant. Galsariad reprend ses esprits.

Il explique : leur groupe a suivi Aloysia dans les profondeurs, mais ils ont été séparés. Il pense que les autres sont perdus… ou pire.

Les aventuriers décident d’attacher Aloysia et de poursuivre. Bubbo trouve un étrange petit caillou d’une pierre noire veinée de rouge et de vert coincé entre les doigts de l’elfe, et dans sa besace trois tablettes d’argile gravée de runes exotiques faisant penser à la description d’un lieu, peut-être magique.

Les escaliers descendent sur une vingtaine de mètres. À mesure qu’ils progressent, une plainte monte des profondeurs. Au pied des escaliers, ils découvrent une salle dominée par une statue.

Un homme à genoux, enchaîné, mutilé. Sa peau est entaillée, ses lèvres tirées par des crochets, ses yeux maintenus ouverts. Et pourtant… son visage exprime l’extase.

Un son hideux s’échappe de sa bouche.

Une double porte de fer est incrustée dans sa poitrine.

Autour de la statue, un triangle est gravé dans le sol. À chaque sommet, un bras de pierre surgit, main tendue.

Les aventuriers avancent prudemment. Mais quelque chose change. Une rage sourde monte en eux.

Les regards de Drakthar, Silas et Nooky s’assombrissent. Ils cherchent… une cible.