Les démons de Baskan Olm

Dressée à l’extrémité d’une vallée encaissée dans la partie sud des Grig’Arhuna, la citadelle de Baskan Olm apparaît comme une immense muraille barrant l’accès aux montagnes.

La paroi de pierre sombre s’élève sur plusieurs dizaines de mètres. Tout en haut, des gargouilles de pierre s’alignent juste sous les créneaux, comme si elles observaient silencieusement les terres désolées qui s’étendent devant la forteresse.

La roche qui compose cette barrière porte encore les cicatrices d’anciens assauts : impacts profonds, fissures noircies, blocs remplacés à la hâte. Au centre, une immense porte renforcée bloque tout accès à la cité.

Autour de l’entrée, quelques bâtiments délabrés se blottissent entre des tours de guet de fer. Des soldats patrouillent au sommet des remparts, silhouettes sombres découpées sur le ciel.

Alors que les deux groupes approchent, une voix brusque retentit depuis les murailles :

— Identifiez-vous !

Les aventuriers échangent un regard. L’accueil est rude, mais compréhensible : ils pénètrent dans une ville en état de guerre.

Après avoir décliné leurs identités et expliqué les raisons de leur venue, ils obtiennent finalement l’autorisation d’entrer, notamment grâce aux informations transmises par Veïthas, le chef de la e

À l’intérieur des murs, la ville porte les marques du conflit permanent. Aucun arbre. Aucune végétation.

Les bâtiments sont dans des états très variables : certains tiennent encore debout, tandis que d’autres sont à moitié effondrés ou calcinés. Beaucoup ressemblent davantage à des casernes qu’à des habitations. L’air est lourd, chargé d’une odeur mêlant bois brûlé, poussière et soufre.

Des soldats passent régulièrement dans les rues, accomplissant leur ronde avec vigilance.Une grande artère mène vers le cœur de la cité. Le groupe ne l’a parcourue que sur quelques dizaines de mètres lorsqu’un cri retentit dans une ruelle sur la droite, puis plusieurs.

Une vague de créatures difformes déboule soudain dans la rue.

Leur apparence défie toute logique : des masses de chair et de tendons entremêlés, hérissées de mâchoires disproportionnées et d’yeux globuleux surgissant à des endroits improbables.

Des soldats sont déjà pris au piège dans ces amas vivants. Certains hurlent tandis que d’autres tentent désespérément de trancher les chairs mouvantes pour libérer leurs camarades.

Sans hésiter, les deux groupes se précipitent au secours des défenseurs. Les monstres se répandent dans la rue comme une marée grotesque. Plusieurs ouvrent leurs gueules béantes et crachent des jets de bile acide.

Brogg charge le premier. Persiflette se glisse immédiatement dans son sillage. Profitant de la stature du demi-orc comme couverture, il frappe puis se replie derrière lui avec une efficacité presque mécanique.

Bubbo invoque alors des ailes d’argent qui jaillissent dans son dos. Il s’élève au-dessus de la mêlée pour frapper à distance.

Silas, lui, grimpe dans un bâtiment voisin et rejoint le balcon d’un premier étage d’où il peut lancer ses sorts en toute sécurité.

Nooky jubile dans ce chaos indescriptible. Caché derrière un tonneau renversé, il peut viser ses cibles tranquillement sans attirer l’attention.

Rhys et Drakthar plongent directement dans la mêlée, mêlant magie divine et agilité martiale.

Les créatures sont nombreuses, mais la détermination des soldats et des nouveaux arrivants fait la différence.

Peu à peu, malgré les morsures et les blessures, les monstres tombent les uns après les autres. Finalement, la rue retrouve son silence.

Les soldats remercient chaleureusement les aventuriers pour leur aide et leur expliquent rapidement l’organisation de la citadelle. Chacun décide alors d’explorer un lieu différent. Rhys se dirige immédiatement vers l’ancien temple. Drakthar, Brogg et Persiflette prennent la direction de la forge. Nooky, curieux comme toujours, choisit un lieu plus singulier : le crématorium adossé à la montagne. Silas et Bubbo optent pour une destination plus simple : la seule auberge de la ville, la Salle de Préparation.

Rhys découvre un lieu en ruine. Le verre brisé crisse sous ses pas tandis qu’il avance parmi des herbes sauvages qui ont envahi les pierres. Des pans de murs effondrés ont été remplacés par des étagères portant des pots en terre cuite.

Plusieurs alcôves ont été transformées en jardinières improvisées où survivent quelques plantes tenaces. À l’extérieur, une mosaïque de vitraux brisés repose au pied d’une fenêtre éclatée. Non loin se dresse un arbre mort, aussi sec qu’un squelette.

Un humanoïde étrange gratte l’intérieur d’un pot de terre.

La créature est grande et couverte d’une épaisse fourrure aux couleurs changeantes : brun, roux, gris bleuté… parfois même des touches de rose ou de vert.

Ses oreilles pointues tombent de chaque côté de sa tête et son large nez rose frémit lorsqu’il se retourne vers Rhys.

— Bonjour jeune homme ! C’est un plaisir de vous voir ici. Les visiteurs sont rares ces temps-ci.

Il sourit.

— Je m’appelle Brumatre, prêtre d’Avandra. Et toi ?


Pendant ce temps, Brogg, Drakthar et Persiflette entrent dans la forge. Le bâtiment est ouvert sur la rue. L’intérieur est austère mais parfaitement organisé. Six forgerons, humains et elfes, travaillent sans relâche à produire armes et armures pour la guerre contre les démons.

L’odeur du métal chauffé et du charbon couvre presque celle de la ville, offrant un bref répit aux nouveaux arrivants.

Un homme trapu mais musclé s’avance vers eux. Une fine moustache remonte en pointes vers ses oreilles.

— Je peux faire quelque chose pour vous ?

Le crématorium

Nooky, lui, a rejoint le crématorium. Une fumée âcre s’échappe des hautes cheminées du bâtiment de pierre. Dans une petite cour, plusieurs corps enveloppés de toiles beiges sont empilés. Un homme élancé, portant un tablier de cuir, accueille un autre avec un enthousiasme macabre :

— De nouveaux corps pour nous, à ce que je vois !

Derrière lui se tient un homme gigantesque aux yeux bleus, les cheveux coupés très courts… et un bras manquant. Il pousse une charrette sur laquelle repose le cadavre d’un démon ressemblant à un mélange grotesque entre un vautour et un humain.

Soudain, une voix retentit depuis la rue.

— Attendez ! Ne brûlez pas ça ! Je dois l’étudier !

Un tieflin arrive en trottinant, chargé d’outils d’archéologie et de carnets. Il brandit un insigne en expliquant avec agitation pourquoi le corps devrait lui être confié.

Nooky saute immédiatement sur l’occasion. À eux deux, ils convainquent rapidement les autres de leur laisser examiner la créature.

Le gobelin ouvre le torse du démon d’un coup précis et plonge les mains dans les entrailles encore fumantes.

Il en retire plusieurs objets étranges, trois petits anneaux, deux billes concaves identiques, et une mystérieuse petite boîte en bois ressemblant à un puzzle.

Nooky garde les anneaux et confie les billes au tieflin. Ils décident d’ouvrir la boîte plus tard ensemble.

Le tieflin, qui se présente sous le nom de Prolix, mentionne également la présence d’une rivale à Baskan Olm : une elfe blonde vêtue de rouge dont il faut se méfier d’après lui

Silas et Bubbo se rendent directement à l’auberge. La Salle de Préparation est le seul établissement de la ville accueillant les voyageurs étrangers.

Ils y retrouvent le groupe d’Ayo installé autour d’une table.

Silas tente d’engager la conversation avec Galsariad, mais l’échange reste bref. L’elfe affiche toujours cette expression mêlant arrogance et mépris.

En quittant la table, Silas remarque un autre visiteur : un tieflin comme lui.

L’étranger se présente sous un nom étrange : Question.

Explorateur venu de très loin, il montre à Silas plusieurs dessins réalisés au cours de ses recherches. Des parchemins sortent d’une sacoche remplie de tubes et d’outils d’écriture.

L’une des illustrations attire particulièrement l’attention de Silas. Elle représente un bijou très similaire à celui confié au groupe à Jigorug… mais composé de trois disques attachés, formant une relique plus complexe.

Question explique que son dessin provient d’un ancien texte mentionnant une relique oubliée.

Ses explications restent confuses. Il semble appartenir à un groupe d’explorateurs, mais impossible de comprendre où se trouvent les autres membres.

De l’autre côté de la pièce, Bubbo observe la scène tout en aidant les cuisiniers à préparer le repas.

Et il remarque quelque chose.

Un autre visiteur, assis un peu à l’écart, écoute attentivement la conversation entre Silas et Question.

Discrètement, Bubbo en informe son ami avant de retourner à ses fourneaux.