L’ escalier de Baskan Olm

Dans un coin sombre de la Salle de Préparation, une elfe vêtue de longs habits de toile rouge un peu passée observe discrètement la conversation entre Silas et le second tieflin.

Peu après, Nooky revient dans la salle et rejoint ses compagnons — tous sauf Rhys, qui manque toujours à l’appel.

L’étrangère finit par se lever et s’approche du groupe avec assurance.

Se souvenant des conseils reçus près du crématorium, le gobelin décide de prendre les devants. Il murmure quelques mots d’incantation et fait apparaître au-dessus de la tête de l’elfe une énorme flèche magique pointant directement vers elle.

La femme remarque immédiatement que quelque chose se passe et lève la tête.La flèche se transforme soudain en un petit cœur flottant.

L’elfe regarde le groupe avec une expression mêlant déception et irritation.

— Finalement… peut-être que non. Vous n’êtes sans doute qu’une bande de clowns.

Avant qu’elle ne tourne les talons, Silas intervient.

— Souhaitiez-vous quelque chose ? Silas, magicien.

L’elfe s’arrête et se retourne.

— Je ne sais pas encore. Je vous ai vus arriver plus tôt aujourd’hui et je vous ai pris pour des aventuriers… peut-être des mercenaires. Or j’en cherche actuellement.

La conversation se poursuit.

Elle se présente sous le nom d’Aloysia. Exploratrice venue d’un autre continent, elle explique rechercher des traces d’anciennes batailles opposant les peuples mortels aux Sombres Éternels, comme on appelle ici les démons et les diables.

Elle confirme également certaines informations que les aventuriers ont déjà recueillies : une grande bataille aurait eu lieu ici même, à Baskan Olm, entre les forces des peuples libres et les légions infernales.

— Je cherche des preuves de ce conflit, précise-t-elle. Des artefacts, des traces… n’importe quoi.

Son regard se tourne vers la montagne.

— Mais surtout, je souhaite franchir les Portes des Sombres Éternels, là-haut dans la falaise.

Malgré ses explications, l’elfe ne parvient pas vraiment à convaincre le groupe de la rejoindre. Son ton hautain, parfois presque méprisant, n’aide pas à instaurer la confiance.

Après quelques minutes, elle les salue brièvement et quitte la table.

Peu après, Nooky sort dans la cour de l’auberge pour rejoindre Prolix. Les deux tieffelins — enfin, le tieffelin et le gobelin — tentent de résoudre l’énigme de la mystérieuse boîte trouvée dans le cadavre du démon. Ils la retournent, appuient sur des mécanismes invisibles, examinent chaque jointure… mais rien ne fonctionne.

Finalement, Nooky perd patience.

— Bon, si ça ne s’ouvre pas… on va voir si ça brûle !

Il lance un petit jet de feu. Prolix bondit en arrière, outré.

— Mais tu es complètement fou !

Il récupère immédiatement la boîte.

— C’est terminé. On ne m’y reprendra plus à faire confiance à un gobelin.

Sur ces mots, il quitte l’auberge, emportant l’objet avec lui.

De retour dans la salle principale, Nooky retrouve Brogg, qui semble particulièrement contrarié. Le demi-orc se tient le ventre.

— Depuis quelques jours… tout ce que je mange me retourne l’estomac. Je me demande si la viande de mammouth n’y est pas pour quelque chose…

Les yeux de Nooky s’illuminent.

— Attends ! J’ai peut-être un truc pour toi.

Il saute de son tabouret et file vers les cuisines où Bubbo est occupé.

— Tu aurais des épices ? J’en ai besoin pour préparer une crème.

Le druide le regarde avec méfiance.

— Pour quoi faire exactement ?

— Rien de spécial… juste pour accompagner une petite crème que j’ai déjà.

Le gobelin montre une petite boîte métallique contenant une substance jaunâtre. Bubbo observe la scène quelques secondes, hésitant, puis lui donne malgré tout quelques graines de piment de Matek.

Nooky retourne triomphalement à la table de Brogg.

— Tiens. Tu appliques ça là où ça fait mal et tu verras, ça ira mieux.

Brogg regarde la préparation, puis le gobelin.Il plisse les yeux.

— Oui… eh bien non. Ça ira très bien sans ta pommade. Garde-la pour te la mettre là où je pense. Je suis sûr qu’elle sera très utile à cet endroit.

Pendant ce temps, Silas et Drakthar s’inquiètent de l’absence prolongée de Rhys. La nuit est tombée depuis longtemps et le jeune prêtre n’est toujours pas revenu. Ils décident d’aller voir du côté de l’ancien temple.

En chemin, ils croisent une patrouille de soldats ayant participé à la bataille aux portes de la ville. Les hommes reconnaissent les aventuriers et les laissent passer.

— Faites attention quand même, leur rappelle l’un d’eux.

Le tieffelin et le sang-dragon arrivent bientôt devant les ruines du temple. Ils avancent prudemment.La grande salle est envahie de plantes et de champignons cultivés dans des pots improvisés.

Puis ils découvrent une scène inattendue. Dans la pièce suivante, Rhys est allongé tranquillement sur une paillasse. À ses côtés, Brumatre, le prêtre à la peau grise et bleutée, est assis en tailleur au centre d’un cercle de feuilles et de racines séchées.

Il semble plongé dans une profonde méditation… ou peut-être une transe.

Comprenant que leur compagnon va bien, les deux aventuriers décident de ne pas interrompre le rituel. Silas s’installe dans un vieux fauteuil de cuir craquelé pour observer la scène tandis que Drakthar part explorer les ruines du temple.

Malgré les tensions qui pèsent sur la cité, le reste de la nuit se déroule sans incident.

Au matin, après un petit-déjeuner partagé avec Brumatre, Silas, Drakthar et Rhys rejoignent le reste du groupe à l’auberge.

Ils y retrouvent Persiflette, Nooky, Bubbo et Brogg, déjà plongés dans une discussion animée.

Le sujet : Aloysia.

L’halfelin est catégorique.

— Je ne lui fais absolument pas confiance.

Il n’arrive cependant pas vraiment à expliquer pourquoi.

Ne parvenant pas à se mettre d’accord, ils décident tout de même d’aller la retrouver. Elle a mentionné s’être installée dans une maison vide près des escaliers menant aux Portes des Sombres Éternels.

Le groupe traverse les rues délabrées de Baskan Olm un peu au hasard. Près du grand ravin qui sépare la ville de la montagne, ils croisent une patrouille.

— Une elfe en rouge ? demande Silas.

Le soldat hausse les épaules.

— Ici, il y a tellement de maisons abandonnées… difficile à dire. Mais ce genre de chose doit être signalé à la garde principale. Le commandant Thellys doit sûrement savoir.

Après leur départ, les aventuriers atteignent le bord du gouffre. Une brume épaisse et immobile remplit la faille.

À gauche, un large escalier taillé dans la pierre monte vers les flancs de la montagne.

— Je vais aller voir là-haut, annonce Nooky.

— C’est interdit, rappelle Bubbo.

— Pas exactement. Ils ont dit qu’il était interdit d’entrer dans la montagne. Ils ont parlé de portes. Moi, je ne vois pas de porte.

Et sans attendre, le gobelin commence à monter.

— Vous voyez ? Tout va bien ! lance-t-il après quelques marches.

À cet instant précis, une créature sombre aux ailes de dragon surgit des brumes. Son cri strident déchire le silence et glace plusieurs aventuriers sur place.

Nooky tente de se cacher… trop tard. La créature plonge et referme ses mâchoires sur le malheureux gobelin avant de reprendre de l’altitude.

Mais Bubbo et Silas réagissent immédiatement. Leurs sorts frappent la bête en plein vol.

Sous la douleur, le monstre lâche sa proie. Par chance, Nooky tombe vers l’escalier plutôt que vers le gouffre. Silas lance un sort qui ralentit sa chute comme une plume.

Peu à peu, les aventuriers retrouvent leurs esprits. Des flèches sifflent.Rhys se précipite et frappe la créature de son trident.

Une dernière flèche tirée par Persiflette met fin au combat. Le monstre disparaît dans les brumes d’où il était venu.

Rhys soigne rapidement Nooky.

Le gobelin ouvre les yeux, se relève et époussette ses vêtements.

— Mince alors… je suis tombé.

Il regarde l’escalier.

— Bon… pas grave. J’y retourne.

Et sans attendre la réaction de ses compagnons médusés, il reprend l’ascension.