L’Âge élémentaire
Pendant des millénaires Teirya a simplement existé. Masse de roche, de terre et d’eau, de volcans, de lave et de tempêtes, Teirya n’a cessé de se transformer au fur et à mesure des millions de révolutions qu’elle fit autour de Silas, son soleil, tout au long des batailles où s’opposaient les forces élémentaires. C’était l’époque des primordiaux aux dimensions titanesques, des feux dévorant les forêts pour être étouffées de déluges interminables, des terres disparaissant sous les flots enragés pour émerger d’une colère sourde des siècles plus tard. Aucun élément ne pouvait prendre le dessus sur les autres, aucun ne s’en souciait vraiment, seul l’affrontement importait.

L’Âge des incarnés
Puis Teirya s’incarna, en deux entités sœurs et opposées, Sabas sous la lumière de Silas et Narkar, de l’autre côté, loin de la chaleur et de la vie du soleil. Teirya s’endormit, confiante en ses deux enfants. Sabas dompta les éléments, leur apprit à se reposer, à dormir. Narkar veilla à ce que ce sommeil ne soit pas éternel et leur permit de se réveiller, au hasard des flots du temps. C’est à ce moment que les contours de Quadrian prirent forment, tout comme ceux des terres des sables, plus au sud. Il en est sans doute de même pour d’autres terres inconnues, au-delà des océans. Sabas arpentait les terres qu’il modelait. Chaque jour, il sculptait les vallées au cœur des montagnes, il façonnait le cours des fleuves et des rivières pour déployer la vie. Il découvrait aussi le chaos que Narkar semait derrière lui, brisant les collines, élevant les sommets, détournant les flots.

L’Âge des peuples libres
Sabas se nourrit de la puissance des rayons de Silas, et créa toutes formes de vie, libres de grandir, libres de vivre dans l’ordre, la beauté et la perfection. Mais chaque fin de journée, les créations de Sabas quittaient la lumière et passaient ainsi sous l’ombre de Narkar, et chaque jour elles changèrent et devinrent encore plus libres, libres de mourir aussi.
Narkar leur donna le libre-arbitre, la possibilité de changer contre la vie, contre les autres créations. Dans sa bienveillance, Sabas observa ces changements et les accepta pour les laisser à ses créations cette liberté absolue donnée par son frère
La première des créatures, Terséothianthur, le grand serpent, se forma à la frontière de Sabas et Narkar, ondulant perpétuellement entre ombre et lumière, jamais au repos. L’apparition de nouvelles créatures permit au serpent de grandir, dévorant toutes celles qu’il trouvait sur son passage, jusqu’à être aussi grand que toutes les montagnes, entourant Teirya de ses anneaux cyclopéens. Les premiers hommes apparurent à cette période, errant craintifs et adorateurs des vestiges des grands primordiaux.

L’Âge des Royaumes
Les peuples se formèrent, ils apprirent à vivre en communauté, puis à voyager, à la rencontre de tous les autres peuples. Les premières alliances furent forgées, les premières guerres furent menées, chaque espèce ayant ses forces et ses faiblesses. Des royaumes émergèrent, humains, elfes, nains ou humanoïdes, certains éphémères, d’autres éternels.
Poussés par les peuples, ou écrasant leurs ennemis, certains êtres s’élevèrent au-dessus de tous et devinrent leurs dieux vénérés, tirant leur puissance de leurs adorateurs, sous l’approbation de Sabas ou de Narkar qui leur donnèrent une partie d’eux-mêmes, l’étincelle divine. Les dieux marchèrent alors parmi les peuples pendant plusieurs siècles. Leurs cultes se répandirent partout, pour le meilleur ou pour le pire.
D’abord contrôlée par les prêtres, la magie commença à apparaître de façon spontanée chez certains. D’autres l’étudièrent, la domestiquèrent pour en tirer l’essence la plus pure. Grâce à elle et à la puissance donnée par leurs millions de fidèles, les dieux trouvèrent des passages, vers de nouveaux mondes dans lesquels ils s’installèrent, laissant des conduits mystiques leur permettant de communier avec Teirya, sous le regard des gardiens de ces portails.
Sur Quadrian, des royaumes s’organisèrent, certains dirigés par des rois et des reines bienveillants, d’autres sous la main de fer de dynasties autoritaires et parfois cruelles.
Krausghar, premier héraut de Galizaroth, appela à lui les plus puissants guerriers de Quadrian et mena une campagne qui allait dévaler sur tout le continent. Ralliant à lui humains et non humains épris de guerre et de batailles, il bâtit une armée à nulle autre pareille. Pendant dix années, sa horde mit à terre tous ceux qui osaient s’y opposer, son seul but était la guerre, plus que de conquérir ces territoires qu’il se contentait de traverser. Il fonda un ordre qui prit son nom. À sa disparition, dans des circonstances mystérieuses, son fils, Krost, prit sa suite et œuvra les années qui suivirent à organiser les territoires conquis, il créa ainsi le premier Empire contrôlant tout Quadrian, s’appuyant tout autant sur la puissance de ses guerriers que sur les pouvoirs mystiques des sorciers qui l’avaient rejoint ou des prêtres qui les guidaient.
On raconte que l’Empire dura mille ans. Mille années martiales où les peuples vivaient selon les règles établies par les vainqueurs. Cela ne voulait pas dire pour autant que les plus faibles étaient martyrisés, ils devaient simplement faire ce qu’on leur demandait, les castes étaient organisées selon une hiérarchie très établie, permettant à chacun de vivre à la hauteur de ce qu’il méritait. L’Empire décida alors d’étendre son influence au-delà des mers. Des milliers de navires furent construits pour constituer ce qui fût sans doute la plus grande flotte que Quadrian ait jamais connue. Ils partirent vers le sud, vers les terres des sables. Des mois plus tard, lorsque les navires revinrent au port, ce ne furent pas les soldats de l’Empire qui en débarquèrent mais des hordes de morts-vivants menées par les cadavres des mages de l’Empire qui avaient pris la tête de la flotte.
Appelant les dieux à leur aide, les prêtres de l’Empire se montrèrent trop présomptueux, exigeant sans aucune humilité plutôt que d’implorer une assistance divine. Les dieux descendirent sur Quadrian, mais sans intervenir. Tout au contraire, ils rompirent le lien qui les unissait à leurs adorateurs, les abandonnant aux griffes acérées des zombis. Observant cela du fond de la nuit où ils résidaient, les fils de Narkar se mêlèrent aux peuples, semant la discorde, la maladie, la folie, le désespoir. Tout comme Sabas avait laissé faire son frère, ses fils laissèrent ceux de Narkar oeuvrer parmi les peuples. L’Empire s’effondra, les peuples s’isolèrent.
Lassés, ne trouvant plus de véritable opposition, les fils de Narkar se retirèrent, les uns après les autres, vers la nuit, vers leurs propres royaumes. Les fils de Sabas descendirent parmi les peuples et pansèrent les plaies des survivants.




