L’escalier découvert s’enfonce dans la pierre, serpentant vers les profondeurs. Les aventuriers descendent lentement, traversant l’épaisse couche de roche dans laquelle le mécanisme est encastré — une prouesse d’ingénierie ancienne.
Au bas des marches, une salle vide les attend. Le silence y est total, si complet qu’on y entend presque battre son propre cœur.
À l’autre extrémité, une porte sertie de fer. Ils s’en approchent, prudents. Nooky s’accroupit, sort ses fines tiges de métal et commence à triturer la serrure.
Mais soudain, un grondement sourd retentit derrière eux : l’escalier se replie dans un grincement métallique, se refermant comme une gueule de pierre.
Avant même qu’ils ne réagissent, le passage est scellé.
Le gobelin grommelle et s’acharne sur la serrure. Au moment où il sent enfin un déclic sous ses doigts, un bruit différent, plus léger, résonne au-dessus d’eux — un froissement, un souffle… puis une petite voix :
— Allô ? Y a quelqu’un ?
Une tête apparaît au sommet des marches désormais redescendues. C’est celle d’un jeune halfelin, le visage traversé d’un large sourire.
— Ah, vous étiez coincés ! J’ai bloqué le mécanisme avec un bout de ferraille, ça devrait tenir. Moi, c’est Persiflette. Je viens de Valersan. J’ai vu que vous aviez des soucis, alors… je me suis dit que je pouvais aider.
Les aventuriers échangent des regards interloqués, entre surprise et soulagement. Le halfelin explique qu’il les a suivis depuis le village, par curiosité et par précaution — et, ma foi, il a bien fait.
Après un bref débat, le groupe accueille ce nouveau venu et poursuit son exploration.
Le couloir qui s’ouvre devant eux s’étire vers plusieurs portes, dont deux plus imposantes.
La première qu’ils ouvrent dévoile une bibliothèque en ruines : les étagères vermoulues croulent sous leur propre poids, les livres pourris ne sont plus que des tas de pages décomposées.
Un lieu jadis dédié à la connaissance, aujourd’hui réduit au silence et à la poussière.
Les pièces suivantes révèlent une ancienne salle de repas et un dortoir, mais la quiétude y est trompeuse. Des silhouettes s’y meuvent lentement : des morts-vivants, des zombies aux chairs récentes, vêtus de haillons d’aventuriers.
Leur démarche est hésitante, mais leur ténacité redoutable.
Les coups pleuvent, les corps tombent, mais les abominations se relèvent sans cesse — jusqu’à ce que le fer et la flamme aient raison d’elles.
Le calme revenu, les aventuriers avancent jusqu’à une double porte ouvragée. Le battant droit s’entrouvre dans un souffle de poussière.
Au-delà s’étend une vaste salle, dominée en son centre par un cercueil de pierre. Une flamme pâle brûle de l’autre côté.
Assis devant le sarcophage, un squelette en armure, le coude sur le genou, la main sur le menton — comme en pleine réflexion.
Mais dès que la porte grince, le guerrier mort-vivant se redresse d’un bond, saisit son épée et charge.
Son armure est lourde, ses coups précis. Les aventuriers plient, reculent, mais tiennent bon.
Derrière lui, un autre mort surgit : un squelette vêtu de longues robes déchirées. Ses doigts décharnés libèrent des traits de magie qui illuminent la crypte.
Le combat fait rage ; le sol tremble sous la violence des sorts et des lames.
Blessés mais déterminés, les aventuriers finissent par triompher.
Le silence retombe.
Ils fouillent la salle, mais ne trouvent aucune trace de la villageoise disparue.
En revanche, le fond du cercueil est brisé : le sarcophage en dessous est creux.
Des os éparpillés, brisés, témoignent d’une étrange profanation.
Nooky, intrépide, se glisse à l’intérieur pour examiner les lieux.
Un souffle glacial parcourt la pièce.
Une forme spectrale jaillit du cercueil, traverse le petit gobelin et s’élève dans les airs.
— Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ? Et où est mon anneau ?
La voix du fantôme résonne, chargée de colère et de chagrin.
Les aventuriers remarquent alors un anneau trouvé sur le squelette en robe.
Ils le présentent à l’apparition, qui s’immobilise.
Le dialogue s’engage : ils apprennent qu’il s’agit de Thadelus, le fondateur de Valersan, et que le squelette à leurs pieds n’est autre que Kolan, son ancien ami et traître.
Le spectre, en voyant les os du mage, baisse la tête.
— Qu’as-tu fait, Kolan… toi qui étais mon frère d’armes…
Il passe l’anneau à son doigt, et lentement, disparaît dans un éclat de lumière bleutée.
Les aventuriers poursuivent leurs recherches, explorant les dernières pièces.
L’une d’elles, mieux préservée, semble avoir été le refuge de Thadelus de son vivant.
Parmi les parchemins encore lisibles, ils découvrent le récit de sa chute, de la trahison de Kolan, et du choix de Thadelus de sceller sa propre tombe pour protéger le secret du rituel.
Mais toujours, aucune trace de Johanna.
Ils fouillent les murs, les recoins, jusqu’à ce que Rhys découvre, derrière un pan de pierre, une porte secrète.
Derrière, une petite salle.
Au sol, affaiblie, la jeune villageoise — vivante, mais à l’agonie.
Grâce à la magie d’Oretan, elle reprend lentement connaissance, les lèvres gercées, la peau froide, mais son cœur bat encore.
La mission, cependant, n’est pas achevée.
Les aventuriers rallument leurs torches à la flamme sacrée et quittent la crypte, portant la jeune femme jusqu’à l’air libre.
À l’extérieur, Holf court vers eux, les yeux emplis de larmes, et enlace sa sœur.
Le groupe grimpe hors du ravin et prépare la dernière étape du rituel.
La grande torche est plantée dans la terre. Autour, les aventuriers se disposent en cercle, tenant chacun une flamme.
Ils avancent ensemble, tendant leurs torches vers la flamme centrale.
Les feux s’élèvent, s’étirent, se mêlent — puis, dans un rugissement de lumière, la grande torche s’embrase d’un éclat pur et aveuglant.
Les petites flammes s’éteignent aussitôt, consumées dans le rituel.
La crypte repose à nouveau dans le silence.
Le mal semble éteint…
Mais, au loin, dans la vallée, un souffle ancien agite les feuilles mortes.

