Après la proclamation des résultats, une procession se met en place pour accompagner les deux équipes finalistes jusqu’à la plage.
Les jeunes gobelins virevoltent autour des héros, les assaillant de questions enthousiastes sur leurs exploits passés, présents… et surtout à venir.
Le cortège longe la côte sur près d’un kilomètre avant d’atteindre une large plage de sable clair. Déjà, de nombreux villageois s’y sont installés, certains assis au bord de l’eau, d’autres perchés au sommet des falaises qui dominent la mer. Au large, plusieurs îlots rocheux percent la surface d’une eau étonnamment calme.
Ushru l’Ancien s’avance et désigne une formation rocheuse battue par de paisibles vagues.
— Braves et vaillants compétiteurs, proclame-t-il, vous avez triomphé de nombreuses épreuves aujourd’hui. À présent, l’ultime Test vous attend.
Il tire alors de ses robes une amulette d’or et d’émeraude, grande comme la paume d’une main, et la brandit bien haut.
— La jumelle de cette médaille a été placée dans la caverne la plus profonde de la Grotte d’Émeraude. Soyez les premiers à vous emparer de l’Œil d’Émeraude et à le rapporter ici pour être proclamés Champions de Jigorug. Commencez !
Il indique ensuite une zone où l’eau se teinte d’un vert plus sombre.
— L’entrée est ici. Prenez ces potions : elles vous permettront de respirer sous l’eau pendant une heure. Mais souvenez-vous, il s’agit d’une course.
Chacun reçoit une fiole et l’avale, plus ou moins rapidement. Brogg est le dernier à entrer dans l’eau.
— Elle est un peu froide, tu ne trouves pas ? glisse Nooky avec un sourire.
Le demi-orc avance péniblement… puis s’arrête net.
— Je… je ne vais pas pouvoir, annonce-t-il à contrecœur.
Il n’est pas le seul à hésiter. Ayo peine à galvaniser son groupe, tandis que Rhys, sans la moindre hésitation, plonge sous la surface et invite ses compagnons à le suivre.
Grâce à son élan, le groupe du prêtre s’engage en premier dans la caverne semi-immergée menant à la Grotte d’Émeraude.
L’entrée se révèle étroite et débouche sur un bassin d’eau trouble. La lumière filtrant depuis l’extérieur est presque entièrement étouffée par d’épaisses nappes d’algues aux longues tiges ondoyantes. Entre elles, une lueur diffuse semble éclairer le fond de la caverne.
Une lumière argentée descend d’une ouverture naturelle dans le plafond rocheux. Devant eux, la grotte se divise en deux tunnels : l’un vers le sud, l’autre vers l’est.
Passant en dernier, Nooky murmure une incantation et projette une illusion dissimulant l’entrée des deux tunnels, espérant ralentir leurs concurrents.
La grotte suivante est tapissée d’algues bioluminescentes, diffusant une faible lueur bleuâtre. Deux piliers de pierre dentelés se dressent à ses extrémités. Autour de celui qui garde la sortie, un épais tapis d’herbes marines blanchâtres ondule lentement
Rhys ouvre la marche, évitant soigneusement le contact avec les algues et protégeant les plus petits. Mais Drakhtar, peu habitué à évoluer sous l’eau, se retrouve bientôt empêtré dans les herbes coupantes. Persiflette reste en arrière pour l’aider, découvrant que ces végétaux vivants sont bien plus dangereux qu’ils n’y paraissent.
Pendant ce temps, le reste du groupe débouche dans une vaste caverne. Des rayons de lune percent une large fissure au plafond, dix pieds au-dessus de l’eau. Sur un côté, un glissement de terrain a laissé un amas instable de boue et de roches.
Alors qu’ils progressent, l’eau se met à onduler dangereusement. Des débris commencent à glisser vers eux. Grâce à leur réactivité, les aventuriers parviennent à se faufiler sans être blessés.
Plus loin, dans une caverne plus petite, un banc de minuscules poissons argentés tourbillonne en formation compacte. Dès que les héros pénètrent dans la zone, le banc se referme sur eux.
Les poissons révèlent alors des mâchoires garnies de dents acérées. Ils mordent, s’infiltrent sous les armures, se gorgent de sang.
Mais la magie des compagnons se déchaîne. Sort après sort, le nuage carnivore se disperse, les créatures mourant les unes après les autres.
Le tunnel suivant débouche sur une grotte entièrement immergée, plus vaste que toutes les précédentes. Une lumière argentée danse le long des parois. L’eau y est plus chaude, animée d’un doux courant menant à une crevasse dans le mur sud, d’où émane une lueur dorée.
Patrouillant entre les piliers rocheux nage un requin gigantesque. Une amulette d’or pend à une corde épaisse attachée à son corps. Une lance d’argent est fichée dans son flanc.
Nooky se dissimule près d’un pilier, confiant.
Mais soudain, sans aucun avertissement, la créature fait un écart brutal et dévore littéralement le pilier, gobelin compris. La mâchoire se referme. Une douleur écrasante broie la poitrine de Nooky, et il sombre dans l’inconscience.
Comme si de rien n’était, le requin poursuit sa route.
Le combat s’engage. Les coups sont violents, dévastateurs. Rhys est grièvement blessé à son tour. Mais les aventuriers tiennent bon. Le sang du requin se mêle à celui de ses proies, le rendant frénétique… puis vulnérable.
La magie de Silas et de Bubo frappe juste. Drakhtar et Persiflette qui viennent de rejoindre les autres achèvent la bête.
Dans son dernier sursaut, le requin s’écrase contre un pilier de pierre qui se fissure, vacille, puis s’effondre. Le mur sud cède à son tour, révélant un passage baigné d’une lumière dorée.
Le tunnel se courbe vers le haut et devient vertical. L’eau disparaît peu à peu, laissant place à une caverne verdoyante, parsemée d’arbres et de bassins. Des lianes couvertes de fleurs colorées tapissent les murs. Une ouverture laisse entrevoir le ciel.
Au centre, un piédestal de cristal repose dans une sphère de lumière pâle. Un pendentif doré y est suspendu.
La lumière s’éteint soudain.
Une silhouette spectrale s’élève de l’amulette : un homme en armure de cuir, une cape rouge en lambeaux, un bouclier à la main. Son visage est empreint d’une profonde mélancolie.
— Je suis prisonnier… Aidez-moi, je vous en prie.
Le sol disparaît alors sous les pieds des aventuriers. Ils chutent, happés par un vortex de lumière dorée, tombent encore et encore… puis s’arrêtent brutalement.
Ils flottent désormais dans une étendue d’un noir absolu. Une lueur rouge sang éclaire la silhouette du guerrier, enchaîné au sol par d’horribles filaments de chair.
— Tisseuse de la Lune, je t’en supplie. Guide ceux qui ont le pouvoir de me sauver jusqu’au lieu où je t’ai priée pour la première fois. »
Puis il tourne son regard vers eux.
— Ô dieux, vous voilà enfin ! Je m’appelle Alyxian. Je suis perdu dans les ténèbres. Il y a longtemps, j’ai prié la Porteuse du Changement au cœur d’un temple du mal. Je vous en supplie, prenez mon joyau et…
La pression devient insoutenable. La conscience des héros vacille.
La voix d’Alyxian est la dernière chose qu’ils entendent avant que les ténèbres ne les engloutissent :
— S’il vous plaît… sauvez-moi.

