La grande torche sacrée brille désormais dans la nuit tombante, et avec elle l’espoir chancelant du village de Valersan.
Il est temps de rentrer. Le rituel devait se poursuivre… même si rien ne s’était déroulé comme prévu.
Les aventuriers s’engagent sur le sentier menant au lac et à la lisière de la forêt, là où ils avaient décidé de dresser leur campement.
Au lieu de la fête tant attendue, Valersan devrait maintenant affronter un deuil cruel : quatre villageois venus préparer la crypte avaient péri. Non pas sous la lame de bandits, comme les héros l’avaient d’abord cru, mais sous les coups des morts-vivants réveillés par la profanation de la tombe du fondateur, Thadelus, et de ses anciens compagnons.
Seuls Holf et sa sœur Johanna avaient survécu, sauvés in extremis par les aventuriers… et la flamme sacrée brille à présent entre leurs mains, preuve que tout n’était pas perdu.
Les heures qui suivent sont silencieuses.
La troupe avance le long des collines qui dévalent vers le lac.
Lorsque la nuit approche, ils font halte. L’atmosphère est lourde, mais la joie de voir Holf et Johanna réunis réchauffe les cœurs… presque autant que la flamme sacrée dressée au centre du camp.
Comme à son habitude, Nooky se porte volontaire pour aller chercher quelque chose à ajouter au repas. Le terrain, propice, lui laisse espérer quelques champignons. Il n’est pas déçu : il tombe bientôt sur plusieurs bouillées de nefletas, ces champignons de printemps aux corolles gris rebondies tachetées de noir.
Mais tandis qu’il cueille un spécimen parfaitement mûr, quelque chose accroche son regard : un petit collier, perdu entre les racines. Une simple cordelette en piteux état, ornée d’un pendentif d’os, ou peut-être de dent… difficile à dire.
Rien d’autre en vue.
Il reprend la route vers le camp, mais son instinct — cette petite voix qu’aucun gobelin ne doit ignorer — lui souffle qu’il n’est pas seul.
Il se retourna, prudemment.
— Hé… qui est là ? murmuraet-il.
Deux silhouettes se glissent hors des buissons : de jeunes gobelins, maigres, vêtus de loques. Le garçon, bravache, s’avance un peu ; la fillette se cachait derrière lui.
— Faut pas lui parler, dit-elle en tirant sa manche. Avance pas, Nib…
— T’inquiète, il est comme nous, répliqua le garçon.
Nooky les rassure du mieux qu’il put et les convainquit de le suivre. Leur allure suffit à raconter leur misère : ils vivent dans des conditions proches de la survie.
Lorsqu’ils atteignent le camp, les deux petits gobelins ont du mal à contenir leur excitation. Ils ne tardent pas à raconter, pêle-mêle, les épreuves endurées par leur tribu : un passage vers un autre monde, une réalité décalée où le temps se distordait, et la tyrannie d’un démon cruel qui les avait gardés captifs bien trop longtemps.
Mais l’instant qui suit fait voler en éclats toute atmosphère de camaraderie.
Intrigué par la présence de la chouette perchée non loin de Bubo, Nib la fixe comme on fixe un futur repas.
Avant que quiconque ne réagisse, il décroche sa fronde et lance un caillou avec une précision déconcertante. L’oiseau tombe net.
Dans un réflexe de druide autant que de maître outré, Bubo invoque aussitôt une flamme sacrée qui frappe Nib de plein fouet.
Le petit gobelin s’effondre.
Un silence de mort tombe sur le camp.
Rhys bondit en avant, invoquant en urgence la grâce d’Oretan. Il parvient, de justesse, à ramener le jeune gobelin à la vie.
L’ambiance, elle, ne se remet pas de cet échange explosif de « bonnes intentions ».
Effrayés, les deux jeunes gobelins quittent le camp à toute vitesse — surtout la petite Grilli, tremblante, les yeux grands ouverts.
Les aventuriers discutent encore un moment de cette étrange rencontre, puis s’allongent pour la nuit, sous une lune froide.
Mais au réveil… Silas a disparu.
Les traces au sol racontent l’histoire sans ambiguïté : une troupe de gobelins est venue pendant la nuit, et a enlevé le tieffelin.
Pas un mot n’est échangé.
En un instant, le camp est plié, et la course commence.
Les empreintes sont faciles à suivre. Elles menent vers une partie plus vallonnée de la forêt, où une butte rocheuse dévoile deux cavernes. Bubo lance un sort pour parler avec le babouin de Silas — leur lien télépathique ne fonctionnant qu’à faible distance — et l’animal, furieux, confirme que son maître était tout près.
Deux gobelins montent la garde, mais ils sont aisément trompés.
Le groupe s’engouffre dans la caverne de droite.
Quelques mètres plus loin, ils trouvent Silas, ligoté, entouré de la tribu gobeline au complet.
Un gobelin plus massif que les autres — Grikk — le menace.
Sans même se consulter, les aventuriers chargent. Une flamme magique frappe Grikk de plein fouet.
La panique est immédiate.
Les gobelins s’éparpillent comme des feuilles au vent, incapables d’organiser une défense.
Acculé, comprenant que le combat est perdu, Grikk révéle sa véritable nature : un barghest, et son corps se tordit en une forme hybride, mêlant loup et humanoïde.
Alors que Brogg atteint enfin sa hauteur, la créature disparait, se fondant dans les ombres.
Libéré, Silas explique qu’il a été capturé car Grikk craignait qu’il ne soit un émissaire d’un diable ennemi. Aucun argument du tieffelin n’avait suffi à dissiper ses soupçons.
Peu à peu, les gobelins reviennent, hésitants, dans la grotte… soulagés, presque incrédules, d’être enfin débarrassés de leur tortionnaire.
Et c’est ainsi que les compagnons de la Flamme Sacrée se retrouvent, malgré eux, responsables d’une tribu gobeline complète — une tribu ravie, honorée, presque euphorique à l’idée de rentrer enfin chez elle, sous la protection de leurs nouveaux héros.
