Bérann, la cité forteresse

La pluie avait cessé, mais le sol demeurait gras et lourd, collant aux bottes des voyageurs tandis qu’ils gravissaient la dernière montée. Le ciel s’était teinté de cuivre à l’approche du soir, et dans cette lumière mourante, Bérann surgit devant eux.

La cité-forteresse s’accrochait au Roc Tresiguer comme un nid d’aigle impossible à atteindre. De loin, les murailles semblaient jaillir de la plaine, comme des crocs avides de dévorer la ville protégée. Les tours se dressaient fièrement, éclairées par le soleil couchant et déjà les premières torches s’allumaient sur les remparts, comme autant d’yeux de braise surveillant l’horizon.

Les aventuriers s’arrêtèrent un instant, frappés par le spectacle.
L’un d’eux — un guerrier au regard usé par la route — brisa le silence le premier :
— Voilà donc Bérann… On dirait que la cité nous défie d’oser franchir ses portes.

Le plus jeune, émerveillé, laissa échapper un sifflement. Les terrasses successives, les escaliers qui grimpaient comme des cicatrices à flanc de colline, a Citadelle, Château Vingar dominant l’ensemble… jamais il n’avait vu forteresse plus redoutable.

Ils reprirent leur marche, rejoignant la route pavée qui serpentait jusqu’à la grande porte basse qu’ils traversèrent sous le regard scrutateur des gardes de la ville, les boucliers de Bérann. Là, l’odeur des feux de forge et du fer chauffé les enveloppa aussitôt. Les coups réguliers des marteaux résonnaient jusque dans leurs os. Autour d’eux, des caravanes déchargeaient leurs cargaisons : sacs de grain, blocs de pierre, tonneaux cerclés de fer. Des soldats en manteaux sombres patrouillaient, lances au poing, surveillant chaque arrivant avec une méfiance à peine voilée.

Sous l’arche de la porte, massive, bardée de fer, un officier prit la parole d’une voix sèche :
— Donnez vos noms, et dites ce qui vous amène à Bérann.

Les voyageurs échangèrent un bref regard. Dans l’ombre des murailles, ils sentaient le poids de la cité s’abattre sur eux, comme si le Roc Tresiguer lui-même jaugeait leur présence. Ici, tout étranger devait justifier sa place. Pourtant, derrière cette sévérité, il y avait autre chose. Dans les rumeurs des marchés et les murmures des auberges, dans les regards des habitants qui portaient tous la fierté rude de leur forteresse, on percevait une promesse : qui saurait se faire une place à Bérann pourrait y trouver gloire, fortune… ou des secrets que le Roc n’avait pas encore révélés.

La tour des héros